CE VIDE LUI BLESSE LA VUE

Denis Montebello

Février 2018
Format : 14.5 x 21
ISBN : 979-10-97452-01-8
80 pages
Prix : 13.50 €

CE VIDE LUI BLESSE LA VUE

L'éditeur de La Mèche lente, a un avis sur l'ouvrage de Denis Montebello, "Ce vide lui blesse la vue", qu'il publie en mars 2018 :

L’époque, convertie à la politique sanitaire de l’effacement des traces, de l’arrachage des racines & des souches, du recouvrement de vestiges à peine documentés sous l’asphalte des architectures somptuaires et des incessants grands travaux municipaux, semble n’espérer la fin de l’Histoire, telle qu’elle est connue, que pour la remplacer par une version abrégée, écrite dans la langue des signes des programmes informatiques.

On n’explique pas mieux le désintérêt à peine poli qu’inspirent à l’esprit contemporain l’anthropologie, regardée comme fastidieuse, la paléographie, sous les voûtes froides des abbayes désertes, l’ethnologie, aventureuse et à risques, et, en règle générale, tous les savoirs perpendiculaires auxquels l’économie du moindre effort sous assistance technologique préfère désormais le catalogue des chambres à coucher princières, des anecdotes pourvu qu’elles soient courtes, et la promotion proto-touristique des éléments les plus remarquables du Musée national, rénovés dans l’état minimal où ils peuvent encore être compris, laqués par le vocabulaire monocorde des guides de voyage.

Soit ce que le lecteur un peu libre, n’en croyant pas ses yeux, ne trouvera pas dans le récit de Denis Montebello, écrivain de tempérament dont tous les livres, soignés et facétieux, révèlent une inquiétude de l’inventaire, le souci de répertorier ce qui est inédit, cocasse, sensible ou comestible, gallo-latin, d’art brut, porte, puits, nom d’homme ou registre obituaire, claustra, clé de voûte ou celle-ci en pénétration, pierre de pré, milliaire ou de patte-d’oie, os paléochrétien, menus et listes des soupes, inscriptions et tessons, fragments et cassons peints ; toutes choses que cet archéologue sublunaire conserve et nettoie à l’alcool d’un style si fin qu’elles devraient durer encore un peu, après & malgré nous.

Une enquête, une fouille sur le terrain, in situ, et littéraire « pour ne rien arranger », menée autour de la brique – si licencieuse, grossière, si évocatrice – dite d’Ateuritus, n’était pas, dès le manuscrit, pour nous déplaire : c’était jeter, à notre façon, un pavé dans une petite mare ; c’était aussi nous laisser croire encore à la possibilité, à la consolation, dans l’équation de la vie moderne, de quelques invariables.



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