LA MÉTHODE BELGE

Bastien Loriou

Juin 2018 (15 juin)
Format : 13 x 19
ISBN : 979-10-97452-03-2
144 pages
Prix : 12.00 €

LA MÉTHODE BELGE

Note de l’éditeur

Un folklore, sous nos latitudes, pourvu qu’il soit sincère, demeure une tragédie locale irrésolue à laquelle les populations qui s’y adonnent ont conféré au fil des siècles, par le jeu, par le rire, la danse, la musique, des gestes répétés et de vifs coups de pied sur la Terre, l’allure d’une fantasquerie sérieuse. Les religions ont bien pu enduire le moindre élément du décor d’un émail à leur convenance, le goût moderne astiquer la coutume et la couvrir de vêtements synthétiques, la science même lui adjoindre des machineries et l’odeur du fuel, le cœur pur sentira toujours, dans la liesse et le rassemblement, remuer encore l’inquiétude des ancêtres, trembler sourdement le vœu du retour des saisons, des ciels, des animaux, des oiseaux, de toutes les bonnes vieilles forces qui échappent ; leur exultation. Ici, la parade et la procession, l’excès de la joie, l’ivresse, l’hébétude, la frénésie, l’euphorie, toute la panoplie des subterfuges en somme, cherchent invariablement à réveiller, une dernière fois, malgré le suaire de plomb de ce progrès qui l’a tué, un monde qui longtemps s’était présenté aux hommes sous l’aspect d’un mystère cohérent. Certes, l’esprit nouveau proteste : on sait depuis quels promontoires le technicien, la bureaucratie de l’intelligence, la haute étude, la bourgeoisie de synthèse, regardent la reconduction, même provisoire, le temps du dimanche, le temps d’un répit, des temps anciens. Demain est, à l’entame du troisième millénaire, un acide qui se crache à la figure des gens fatigués. Il arrive pourtant que cette époque sans reculs s’injecte, tant elle est imprévisible, son antidote ; qu’elle est à s’effrayer, à lâcher la bride à des ligues de chics types, à des comités des fêtes, à des musiciens des rues qui, sous le couvert de la représentation culturelle, dissimulaient une identité de séditieux. Un plaisant festival en terre de Sicile peut dès lors devenir, si l’on n’y prend garde, l’ombilic d’un futur qui dedans s’y écroulera, le foyer de l’un ou l’autre de ces séismes permanents qui, relâchant des âmes telluriques, provoqueront des dommages, des fissures aux jours ordinaires.



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